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Nina à Sofia

 » Le départ
Moment crucial redouté, le départ n'a pas été pour moi le moment le plus agréable. Bien que le processus de sélection Erasmus+ ait été d'une rapidité extra-ordinaire (un mois entre la
candidature et le jour de départ), le moment de s'envoler peut être impressionnant. Mais bon, de toute façon, j'ai signé, je le veux, j'y vais. Les yeux un peu mouillés, je passe la douane et je
rencontre mon futur colocataire dans la file, Hugo, avec qui, je ne le savais pas encore, j'allais vivre 6 mois. Vivant pourtant dans deux villes particulièrement opposées en France (Strasbourg et
Bordeaux), il s'avère que nous sommes nés au même endroit : nous sommes une coloc' de lorrains en Bulgarie, la coincidence donne le ton du reste du voyage.
Quelques secousses et frayeurs plus tard, me voilà à Sofia. Accueillis par Stanka, coordinatrice Erasmus+ en Bulgarie, un dimanche de fin janvier 2021, nous voilà embarqués sur les routes cabossées de Bulgarie. Après un premier saut rapide à notre appartement, un échange expéditif avec la propriétaire, Stanka nous embarque pour 4 heures de marche dans Sofia.
L'aventure commence!
• Les premières semaines
Le lendemain de notre arrivée, Stanka m'accompagne au Council of Refugee Women in Bulgaria, mon employeur pour 3 mois, organisation non-gouvernementale qui oeuvre pour la protection et l'intégration des réfugiés (en priorité femmes, mais aussi hommes et enfants) en Bulgarie. Fondée par Linda Awanis, réfugiée irakienne, l'organisation dispense des services allant de l'aide humanitaire (services sociaux, provision de bons alimentaires, de vêtements, de fournitures, de produits d'hygiène, d'accès aux services médicaux…) à l'implémentation de projets européens en partenariat avec l'Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations-Unies (HCRNU), l'UNICEF ou
la Commission Européenne en matière d'intégration, de lutte contre les préjugés, de prévention des violences de genre affectant les réfugiés.
Comme indiqué par Emilie, qui nous coordonne avec beaucoup de bienveillance depuis Alfortville, il aura effectivement fallu deux bonne semaines afin que l'organisation s'adapte à moi et
inversement. Les bulgares ont un naturel farouche, un premier abord délicat par leur froideur apparente, voire parfois leur rudesse. Tous mes collègues ne communiquent qu'en bulgare, ce qui n'aide ni à ma compréhension du travail, ni à mon intégration. Le manque de la France, des proches se fait tout de suite ressentir. L'environnement est aussi froid que la population : le poids de 30 ans de communisme se ressent sur les murs, les routes et les gens. La pauvreté saute aux yeux et je commence à comprendre d'où vient cette apparente rudesse. Un vrai point positif : l'entente avec mon colocataire me fait tenir le coup.
Je réalise des tâches subalternes au travail, mais petit à petit, mes collègues se dérident et organisent un apéritif au bureau pour fêter mon arrivée. Une de mes collègues que je n'ai vu
qu'une fois me tend un cadeau : sa grand-mère a confectionné des chaussettes traditionnelles bulgares pour moi. Leur profonde gentillesse et ouverture d'esprit me frappent. Le ton est donné!
• L'adaptation
Une fois le « choc culturel » passé, tout commence à se mettre en place. Au travail, ma tutrice, Radostina Belcheva, vice-présidente de l'ONG, m'implique de plus en plus sur des projets
intéressants. Le Council travaille sur un projet de création de lobby citoyen, composé de onze réfugiés qui souhaitent plaidoyer leur cas et améliorer la législation bulgare en matière de migration. Le projet est porté par l'HCRNU, les interlocuteurs sont des fonctionnaires des Nations-Unies et le sujet m'intéresse particulièrement. Radostina me charge de recruter la future
coordinatrice du Refugee Advisory Board (RAB). Elle me propose également de travailler sur la campagne de l'UNICEF pour la Journée Internationale pour les Droits des Femmes : déploiement
national, budget attractif, liberté d'action, coordination avec le bureau européen de l'UNICEF, sujet qui me tient à coeur… tout est réuni et la campagne se déroule sans accroc. Mes collègues
parlent de plus en plus anglais avec moi, même les plus farouches d'entre eux. J'essaie de me montrer la plus ouverte à eux, la plus positive et heureuse d'être là possible, c'est sincère et ils le ressentent. Après une dernière expérience professionnelle douloureuse, quel bonheur de se sentir
acceptée de ses collègues.
À côté du travail, la vie à Sofia est plutôt douce. Bon… admettons quand même qu'il neige beaucoup (-21° degrés la deuxième semaine…), que parfois le courant et l'eau chaude peuvent
disparaître pendant trois jours et que les fourmis viennent se réfugier dans notre appartement.
Mais tous ces éléments ne sont rien, comparés à tout ce que je découvre constamment autour de moi. Globetrotters dans l'âme, Hugo et moi prenons rapidement l'habitude de nous déplacer tous les week-ends : ma tutrice nous emmène d'abord visiter deux monastères à deux heures de Sofia, puis je pars avec elle au ski à Borovets un week-end. Visite de Sofia, tour de lac,
découvertes des sources minérales d'eau chaude, deuxième week-end au ski dans la station prisée de Bansko, initiation à la culture culinaire bulgare (j'espère que vous aimez la soupe de
tripes, le yaourt bulgare et la rakia!) et à la chaouga, la fameuse et irremplaçable musique bulgare… autant d'expériences que je savoure tous les jours. Jusqu'à ce que nous partions dans
les Rhodopes…
• Le point de non-retour
Au bout d'un mois sur place, Diana, ma collègue comptable avec laquelle je ne communique finalement assez peu en raison de la barrière de la langue, me propose de m'emmener sur la pause déjeuner à un cours de pilates. J'accepte. En chemin, cette dernière m'explique que la semaine prochaine, elle part avec sa famille et ses amis dans les montagnes Rhodopes. Cette chaine de montagnes est particulièrement reconnue en Bulgarie pour ses vertus apaisantes, pour son atmosphère quasiment mystique, pour ses lacs, sa musique traditionnelle et ses pierres semiprécieuses que l'on trouve un peu partout. Elle veut qu'Hugo et moi nous joignons à eux et nous acceptons. Nous partons alors pour un week-end à 5km de la frontière grecque, à l'autre bout du pays. Ce week-end va en partie changer ma vision de cette mobilité. Perdue au milieu de nul part, avec des inconnus d'une gentillesse incroyable, je réalise la chance que j'ai. Ici, le covid n'existe pas, le chômage n'existe pas : je travaille, je suis entourée par des gens formidables, dans une région d'Europe dont je ne soupçonnais ni l'existence, ni la beauté. Jusqu'ici, l'idée de rester trois mois de plus ne m'était même pas parvenue. Ma vie, mon fiancé m'attendaient en France. Après 5 heures de marche seule autour du lac Ivaylovgrad, je réalise que finalement, je ne vivrais tout cela qu'une fois, que je dois le vivre à fond. Et je candidate pour trois mois de plus.
Probablement que pour chacun, l'expérience Erasmus+ sera profondément différente. Pour moi, en ce mardi 16 mars 2021, elle est : profondément déroutante, totalement enrichissante et
entièrement faite pour moi! J'ai 26 ans, des diplômes, une expérience pro : tout était tracé. Mais j'en ai décidé autrement et je ne le regrette pas. Sauter le pas de partir loin du tout ce que l'on aime et de ce que l'on connait peut, pour certains, être terriblement effrayant. Mais si vous me lisez maintenant, si Erasmus+ se trouve déjà sur votre chemin, n'hésitez plus.
• Bilan à mi-parcours – fin avril 2021 :
Avoir pris mon courage à deux mains pour monter dans cet avion, puis avoir sollicité une extension de trois mois qui sera acceptée par Pôle Emploi, sont deux décisions qu'après 3 mois
de stage, je ne regrette absolument pas. Au travail, la vie suit son cours et je rentre dans le quotidien de moyen terme de l'organisation. J'occupe petit à petit une place charnière dans
l'organigramme : ma supérieure étant débordée de travail, je prends progressivement la place d'un bras droit, la déchargeant de tâches allant de quasiment toute la communication extérieure,
aux ressources humaines par l'organisation de notre Team Building 2021, la gestion des nouveaux stagiaires, l'intégration de la nouvelle chargée de communication, ainsi que la gestion de projets européens. En effet, j'apprends tout d'elle. En l'observant, en m'intéressant, j'apprends la gestion complète d'une organisation non-gouvernementale de premier plan, son fonctionnement, ses défis, ses joies et ses peines. Travailler avec des personnes en situation de grande précarité n'est pas toujours facile. Il y a quelques semaines, j'ai dû réfréner mes larmes lorsque je traduisais en français une consultation sociale à un réfugié de 60 ans à qui nous devions expliquer qu'il allait
continuer de devoir vivre dans la rue. Sa ressemblance avec mon grand-père maternel était flagrante, à mes yeux en tout cas, et le voir dans cette situation, ne rien pouvoir y faire m'a hanté
pendant des semaines.
Mais ces douleurs s'effacent lorsque, par exemple, je réalise une vidéo pour l'UNICEF lors d'une distribution de donations de lait infantile et de couches. Voir ces enfants, leur regard me rappelle
quotidiennement que travailler dans le domaine humanitaire et/ou social est toujours un bon choix. Je m'enrichis jour après jour de cette expérience professionnelle. Les liens avec mes
collègues sont incroyables, à point d'être invitée dans la maison du père d'une de mes collègues pour fêter son anniversaire ou soutenir au plus près ma supérieure lorsque sa mère décède
brutalement. J'ai tissé des liens indéfectibles avec eux et je sais déjà que les quitter sera la plus grande des épreuves de cette mobilité. Comme on dit à Sofia, « on pleure deux fois en Bulgarie : quand on arrive et quand on repart ».
En dehors de la vie professionnelle, le reste se déroule sans accroc. Après 2 semaines complètes d'isolement pour raison de test positif à la covid-19, je reprends progressivement le chemin de la liberté. Ma supérieure m'a laissé quelques congés, nous allons pouvoir partir en road trip et découvrir toute la côté de la Mer Noire. Il y a quelques jours, deux nouveaux Erasmus+ français sont arrivés et nous partageons apparemment beaucoup de points communs. Entre leur arrivée, la progression de mon expérience professionnelle et la bouleversante
révolution qu'est en train de réaliser ma vie personnelle, je suis profondément reconnaissante pour cette chance qui m'a été laissée de vivre cette opportunité pleinement et je plonge
maintenant et totalement vers ce que me réservent ces trois mois supplémentaires… »

 

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